Il s'y passe quoi?
Tourner en plaisir et par la photographie, ou tout au moins la production d'images, en gravité légére une certaine intranquillité est une gageure; qui m'est devenue nécessaire à intervalles irréguliers, que ce soit dans une démarche d'autoportrait ou dans des photos du vaste Ailleurs. Je prends seule la plupart de mes photos de corps, par plaisir et parceque demander à un autre de mettre en scène ce que je porte dans la tête est plus difficile. C'est alors une rencontre - rare et précieuse- de deux univers. Ensuite, j'aime le moment de, des editing(s), le choix, le chemin pour, sur 500 clichés, en retenir dix, cinq, trois, qui auront entre eux une cohérence, ou qui chacun d'eux, même seul, raconteront quelque chose. Je cède bien entendu encore parfois à la tentation de la simple joliesse d'image, ce qui se révèle très agréable aussi.

Pour une petite histoire, qui n'explique rien et qui constate seulement...
Pendant un temps j'avais du mal à honorer mes factures de téléphone, lequel était régulièrment coupé en fin de mois, parfois pour deux semaines, le temps que je « régularise ma situation ». Le tout à grand renfort de touches étoiles, d'opératrices invisibles et divers numéros, client, cb... Imaginez alors que dans le même temps je perde mon ordinateur, ou que celui-ci plante, que ma boite mail refuse de s'ouvrir ou que j'oublie mon mot de passe : je deviendrais une sorte de demi-sociale, plus de contacts msn, téléphone « non attribué »... In-joi-gna-ble, surtout si on ne connait pas mon nom ou le téléphone de mes parents. Je n'existe plus totalement.
Ce que j'ai toujours vaguement ressenti, et que la société nous démontre électroniquement et socialement... fabuleux, non ? A quand le « cerveau non attribué ? » « Identité non attribuée »
En partie, et au début sans savoir pourquoi, pour répondre par l'amusement à cette angoisse lancinante de notre société moderne de l'identité non attribuée, de l'erreur d'identification, du mauvais numéro, je me suis mise en équation photographique ou plus simplement je suis devenue l'un des multiples reflets d' Internet, un de plus.
Je suis devenue un jeu pour moi-même et par moi, jeux érotiques, visuels, jeux sensuels de l'oeillade virtuelle, qui interroge, se dérobe, revient, voyage, vague et ressac. Les autres regardent mon regard sur mon regard, et je regarde leur regard sur mon regard. Ni errance, ni recherche d'admiration ou de confirmation de ma « beauté », ni métamorphose radicale, ces fragments de moi-même n'ont pas forcément de sens, mais sont toujours une recherche. D'émotions, de joliesse, d'histoire... de moi même. Longtemps je n'ai pas pensé à la manière de photographier mon corps; je me suis contentée de me poser « bêtement » devant l'objectif. . Puis quelque chose à l'intérieur est devenu plus exigeant, des ombres curieuses se sont mises à réclamer leur dû, leur part de mystère et de non dit, à lutter contre un certain conformisme exhibitionniste, contre une crudité sans âme, et même à m'interesser à l' Ailleurs!
Mais il suffit que le serveur plante, que l'Internet buggue mondialement (soyons fous !), que ma ligne de téléphone portable n'existe plus pour cause de facture impayée, que j'oublie mes divers et indispensables mots de passe, y compris celui du serveur FTP et votre regard sur le mien ne sera plus là, mes amis parleront dans le vide, mais le monde continuera à coté.
Pire, je, mon « je », mes jeux, mes rêves, mon corps , seront informatiquement assimilés à une erreur technique, page indisponible, ligne non attribuée, serveur introuvable, messagerie inaccessible, une version du cauchemar latent de l'homme moderne ? Je ne parle pas d'oubli de code carte bleue, code d'entrée, code pin, panne de batterie, absence de préservatifs, oubli de patch, oubli de votre grand mère à l'hôpital... oubli de vous...
Nous sommes devenus des hommes incomplets, techniquement dépendants, incomplets sans nos batteries d'appareils. Ce qui est sauvage disparaît meme en dehors des villes, nous sommes de moins en moins seuls en tête avec nous-même, jamais sans portable pour nous rappeler qu'on a des amis, sans musique, sans télé, sans baladeur pour meubler le bruit du métro et des mendiants, accro à Internet, mitraillé par le bruit, les sonneries, les klaxons. Moi la première, parfois.
Voilà, ici, un de mes espaces de silences, où se fixe un temps, le mien, et telle que je la désire à présent, ma zone de repli, ne devrait-elle exister un jour que pour moi et dans ma tête.
Pour l'état civil
Il ne connait pas mes mensurations, ni ma marque de lingerie préférée mais des informations qu'il détient en voici une... De prénom, je n'en n'ai qu'un: Pauline.
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Jeudi 15 mai 2008 | Nb de visiteurs: 196331 | Nb de visiteurs aujourd'hui: 4 | Nb de connectés: 2 |